Garder la trésorerie en société ou la sortir en dividendes pour la placer vous-même ?
Garder l'excédent dans la société (IS 25 %) ou le sortir en dividendes à 31,4 % pour le placer vous-même ? Le point mort à 5, 10 et 15 ans, les cas où sortir gagne, et le piège du report d'imposition.
Rédigé par l'équipe EXP Capital
Cabinet de gestion de patrimoine dédié aux dirigeants de PME, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 25005915. Rémunéré par rétrocessions, communiquées par écrit contrat par contrat ; aucun honoraire facturé.
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Si l'excédent est durable, que vous n'en avez pas besoin et qu'il dépasse ce qu'un PEA peut absorber, le garder dans la société et l'y placer dans une enveloppe qui diffère l'IS rapporte plus que de le sortir en dividendes pour le placer vous-même, et l'écart se creuse avec l'horizon. Sortir gagne dans trois cas : vous avez besoin de ce revenu, votre PEA n'est pas rempli, ou votre tranche d'imposition est basse cette année.
En rendez-vous, la question arrive ainsi : « j'ai 300 000 € qui dorment dans la SAS, je les sors ou je les laisse dedans ? ». Biais à déclarer : EXP Capital est rémunéré par rétrocession sur les placements logés en société, sans aucun honoraire, montant communiqué en euros avant signature ; nous avons donc intérêt à la réponse « gardez ». Raison de plus pour chiffrer le point mort plutôt que de donner un avis.
Combien coûte réellement la sortie en dividendes depuis 2026 ?
31,4 % du dividende brut sous la flat tax : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux pour les distributions depuis le 1er janvier 2026, la loi de financement de la Sécurité sociale ayant relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Mais le résultat a déjà payé l'IS : sur 100 € de bénéfice, il vous en reste 51,45 en poche.
| Étape | Société à l'IS 25 % | Société au taux réduit 15 % |
|---|---|---|
| Résultat avant IS | 100 € | 100 € |
| Impôt sur les sociétés | − 25 € | − 15 € |
| Dividende brut distribuable | 75 € | 85 € |
| Flat tax 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS) | − 23,55 € | − 26,69 € |
| Net en main | 51,45 € | 58,31 € |
| Prélèvement total | 48,6 % | 41,7 % |
Deux variantes. L'option barème (globale, irrévocable pour l'année) applique votre tranche marginale d'imposition (TMI) à 60 % du dividende, abattement de 40 % oblige, avec 6,8 points de CSG déductibles : à TMI 0 %, la sortie tombe vers 18,6 % ; à 11 %, vers 24-25 % ; dès 30 %, la flat tax redevient meilleure. À l'inverse, au-delà de 250 000 € de revenu fiscal de référence (500 000 € pour un couple), la CEHR (3 % puis 4 %) et la contribution différentielle de 20 % d'impôt minimal, prorogée par la loi de finances pour 2026, s'ajoutent : une sortie massive en une seule année peut dépasser 35 %.
Gérant majoritaire de SARL, d'EURL ou de SELARL, votre sortie coûte encore plus : la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes et du compte courant d'associé supporte les cotisations sociales de travailleur non salarié, dites TNS (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale), à la place des prélèvements sociaux, de l'ordre de 40 à 45 %, déductibles et créatrices de droits, mais qui changent l'arbitrage. Avec 10 000 € de capital, le seuil est à 1 000 €. En SAS, tout le dividende relève de la flat tax.
Garder l'argent dans la société, est-ce une exonération ?
Non. C'est un report, qui frotte chaque année. Les 31,4 % non payés aujourd'hui s'appliqueront à la distribution, sur tout ce qui sort, capital et gains compris. Entre-temps, les produits supportent l'IS selon trois mécaniques.
- ▸Compte à terme, obligations en direct : intérêts imposés à l'IS chaque exercice.
- ▸OPC monétaires et obligataires en compte-titres : l'écart de valeur liquidative est imposé chaque année, même sans vente (article 209-0 A du CGI). Seuls les fonds investis à 90 % au moins en actions de sociétés de l'UE y échappent : IS à la cession uniquement.
- ▸Contrat de capitalisation : réintégration annuelle d'un forfait de 105 % du taux moyen des emprunts d'État (TME) figé à la souscription (article 238 septies E du CGI), régularisée au rachat. Une avance d'IS, pas une double imposition, mais le différé ne porte que sur ce qui dépasse le forfait.
En face, votre patrimoine personnel dispose de deux enveloppes fermées aux sociétés : le PEA (150 000 € de versements par personne, gains exonérés d'impôt sur le revenu après cinq ans, prélèvements sociaux seuls) et l'assurance-vie, dont les produits restent aux prélèvements sociaux de 17,2 %, hors hausse de 2026. Ce sont ces enveloppes, pas le taux de l'IS, qui font basculer le calcul.
À partir de quel horizon garder en société rapporte-t-il plus ?
À rendement brut identique, garder en société bat le compte-titres personnel dès la première année, perd contre un PEA tant que la société est à l'IS 25 %, et ne repasse devant le PEA qu'au taux réduit de 15 %, tant que le gain réalisé reste sous 42 500 € par exercice. Entre la meilleure et la pire route, l'écart vaut environ 2 % du montant à 5 ans, 5 % à 10 ans, 7 à 9 % à 15 ans. PEA plein, la société reprend l'avantage sur le compte-titres personnel : 2 000 à 5 000 € de plus sur 100 000 € à 10 ans, 3 500 à 9 000 € à 15 ans selon le taux d'IS.
| Route (100 000 € distribuables, 4 % brut par an) | Net à 5 ans | À 10 ans | À 15 ans |
|---|---|---|---|
| Sortir (68 600 € nets) → PEA personnel, 18,6 % sur les gains à la sortie | 80 700 € | 95 400 € | 113 300 € |
| Sortir → compte-titres personnel capitalisant, 31,4 % sur les gains à la sortie | 78 800 € | 91 200 € | 106 300 € |
| Garder → compte-titres société en OPC monétaires ou obligataires : IS 25 % chaque année, puis 31,4 % sur tout | 79 500 € | 92 200 € | 106 900 € |
| Garder → fonds actions ≥ 90 % UE ou capi (forfait TME ignoré) : IS 25 % différé, puis 31,4 % sur tout | 79 700 € | 93 300 € | 109 800 € |
| Garder → même enveloppe à différé, société au taux réduit de 15 % (42 500 € de gain par exercice, 25 % au-delà) | 81 200 € | 96 200 € | 112 700 € |
Deux précisions. Le contrat de capitalisation en société se situe entre les lignes 3 et 4, le forfait TME étant une avance régularisée au rachat. La ligne 5 applique 15 % aux 42 500 premiers euros de gain réalisé dans l'exercice et 25 % au-delà : vendu d'un coup, le gain dépasse ce plafond dès dix ans (48 000 €), et à quinze ans (80 000 €) le PEA repasse devant de 600 €. Étaler la vente sur deux exercices, pour rester sous le plafond chaque année, ramène tout le gain à 15 %, soit environ 96 600 € à 10 ans et 115 300 € à 15 ans.
Pourquoi le PEA gagne à IS 25 % : 18,6 % sur les gains contre 48,6 % de prélèvement cumulé en société, un écart qui compense largement le fait de ne faire travailler que 68 600 € au lieu de 100 000 €. Et pourquoi l'enveloppe pèse autant que la décision : un compte-titres société d'OPC monétaires, taxé chaque année, fait à peine mieux qu'un compte-titres personnel.
Dans quels cas sortir et placer vous-même gagne-t-il ?
Quand l'argent a une destination personnelle, quand une enveloppe personnelle reste à remplir, ou quand votre taux d'imposition de l'année est faible.
- ▸Besoin du revenu (train de vie, résidence principale, aide à un enfant) : un placement en société ne finance rien de personnel sans repasser par la case dividende, au taux du jour. Sortir maintenant fige au moins les 31,4 % connus.
- ▸PEA non rempli : 150 000 € par personne, 300 000 € pour un couple, avant même le PEA-PME. Sur ces montants, le PEA bat la société à l'IS 25 % à tout horizon, contre cinq ans sans retrait et un support actions.
- ▸Tranche marginale à 0 ou 11 % cette année (retraite, transition, déficit imputable) : le barème ramène la sortie vers 19-25 %, un taux qui ne reviendra peut-être pas.
- ▸Horizon court, sans holding ni projet de réinvestissement : l'écart reste sous 1 à 3 % du montant avant cinq ans, et le cash d'une société d'exploitation finira de toute façon distribué, à un taux que personne ne connaît. La flexibilité vaut alors plus que l'optimisation.
Dans quels cas garder et placer en société gagne-t-il nettement ?
Quand le dividende de sortie risque de ne jamais être versé, ou de l'être bien plus tard, à un taux plus bas.
- ▸Réinvestissement crédible à 3-10 ans (croissance externe, immobilier d'exploitation, recrutement) : sortir à 31,4 % puis réapporter en compte courant, c'est payer la flat tax pour rien.
- ▸Holding : les dividendes remontent sous le régime mère-fille (quote-part de 5 %, soit environ 1,25 % de frottement) et se réinvestissent sans passer par votre patrimoine. Le taux réduit de 15 % s'applique sur la part du bénéfice annuel, produits du placement compris, qui reste sous 42 500 € : c'est la seule configuration qui bat le PEA, à condition d'étaler les rachats pour ne pas dépasser ce plafond.
- ▸Transmission ouverte : les titres qui portent la trésorerie se donnent avec leurs abattements propres, sans que le cash ne subisse la flat tax. À étudier avec un notaire, la valorisation des titres intégrant cette trésorerie.
- ▸Gérant majoritaire TNS à capital faible, ou dividende supérieur à 250 000 € sur une année : règle des 10 %, CEHR et contribution différentielle renchérissent la sortie ; distribuer sur plusieurs exercices lisse la facture.
- ▸Horizon de plus de dix ans avec une enveloppe à différé d'IS (fonds actions européens, contrat de capitalisation) : 3 500 à 9 000 € d'avance sur 100 000 € selon le taux d'IS et l'étalement des rachats.
C'est sur cette route que nous intervenons. Si votre situation relève de la section précédente, nous vous le dirons : un PEA personnel ne nous rapporte rien, et c'est souvent la bonne réponse pour les premiers 150 000 €.
Cochez chaque affirmation vraie dans votre situation. Chaque case est un argument pour garder et placer en société ; le score vous situe.
Questions fréquentes
Vaut-il mieux laisser l'argent dans la société ou se verser des dividendes pour le placer ?
À rendement identique, garder et placer en société rapporte plus qu'un compte-titres personnel dès la première année, et l'écart grandit avec l'horizon, à condition d'utiliser une enveloppe qui diffère l'IS. Sortir gagne si vous avez besoin du revenu, si votre PEA n'est pas rempli ou si votre tranche d'imposition est faible cette année. Le calcul se fait sur votre montant, avec votre expert-comptable.
Quelle est la fiscalité des dividendes en 2026 ?
Depuis le 1er janvier 2026, la flat tax s'élève à 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, après la hausse de la CSG sur les revenus du capital votée en loi de financement de la Sécurité sociale. L'option pour le barème progressif reste possible, avec abattement de 40 % et CSG déductible à 6,8 %, intéressante surtout en dessous de la tranche à 30 %.
Une société peut-elle ouvrir un PEA ou une assurance-vie pour placer sa trésorerie ?
Non. Le PEA et l'assurance-vie sont réservés aux personnes physiques. Une société à l'IS place via un compte-titres, un contrat de capitalisation, des comptes à terme ou des actifs réels, avec l'IS comme seule fiscalité et sans prélèvements sociaux. C'est l'absence de ces deux enveloppes qui explique qu'un PEA personnel puisse battre la société sur les premiers 150 000 €.
Les dividendes d'un gérant majoritaire de SARL sont-ils soumis aux cotisations sociales ?
Oui, pour la fraction qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant d'associé (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale). Cette fraction supporte les cotisations TNS au lieu des prélèvements sociaux de 18,6 %, ce qui renchérit la sortie bien au-delà de 31,4 %. En SAS, l'intégralité du dividende relève de la flat tax.
Faut-il créer une holding pour garder et placer la trésorerie ?
Pas pour ce seul motif. Une holding apporte le régime mère-fille (frottement d'environ 1,25 % sur les dividendes remontés), parfois le taux réduit d'IS de 15 % et un cadre de réinvestissement ou de transmission. Sans projet de réinvestissement ni sujet de transmission, sa création coûte plus qu'elle ne rapporte. C'est une structure à décider avec votre expert-comptable et un avocat.
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