Combien de trésorerie garder sur le compte courant avant de placer le reste ?
La méthode en trois briques pour calculer la trésorerie à laisser sur le compte courant (creux du plan à 12 mois, échéances IS, TVA et URSSAF datées, marge en mois de charges fixes) et savoir ce qui est plaçable.
Rédigé par l'équipe EXP Capital
Cabinet de gestion de patrimoine dédié aux dirigeants de PME, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 25005915. Rémunéré par rétrocessions, communiquées par écrit contrat par contrat ; aucun honoraire facturé.
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Le bon montant à garder sur le compte courant n'est pas « trois mois de charges ». C'est la somme de trois briques : le creux de votre plan de trésorerie sur les douze prochains mois, les échéances fiscales et sociales datées qui tombent dans l'intervalle, et une marge de un à deux mois de charges fixes. Tout ce qui dépasse ce plancher durablement, constaté sur deux clôtures consécutives et hors pics saisonniers, est de la trésorerie excédentaire, donc plaçable. Le laisser sur le compte courant est une décision, pas une prudence.
Un dirigeant nous pose cette question avant toute autre : « combien je peux placer sans me mettre en danger ? ». La règle de pouce qu'il a reçue, deux à trois mois de charges, n'est pas fausse, elle est incomplète : elle ignore la date à laquelle l'argent sort. Une PME qui doit régler un acompte d'IS, l'URSSAF et la TVA dans la même quinzaine n'a pas trois mois devant elle.
Pourquoi « trois mois de charges » n'est pas une méthode ?
Parce que c'est une moyenne qui ignore votre calendrier fiscal, votre besoin en fonds de roulement et votre saisonnalité. Les repères des cabinets d'expertise comptable restent un bon point de départ : deux à trois mois de charges fixes pour une activité régulière, trois au minimum quand la masse salariale est le principal poste fixe, quatre à six si l'activité est saisonnière, si vos clients paient à 60 jours ou si un seul client pèse lourd. Ce sont des règles empiriques, pas des normes, et elles donnent un volume, jamais un calendrier.
Nos propres guides retiennent d'ailleurs trois à six mois de charges comme repère de départ. Cette méthode ne les contredit pas : elle remplace le repère par un calcul daté, qui retombe sur 3,6 mois dans l'exemple plus bas, et donnerait un autre chiffre pour une autre société.
De quoi est fait le plancher à garder sur le compte courant ?
De trois briques additionnées : le creux d'exploitation des douze prochains mois, les échéances datées que ce creux ne détaille pas, et une marge de jugement en mois de charges fixes. Leur somme est votre plancher.
Brique 1 : le creux du plan de trésorerie à 12 mois glissants
Partez du solde d'aujourd'hui et projetez, mois par mois, encaissements et décaissements sur douze mois. L'écart entre le solde actuel et le point bas de la série est votre creux : ce que l'exploitation peut consommer au pire moment de l'année avant de remonter. Sans plan de trésorerie, prenez l'amplitude haut-bas de vos relevés des 24 derniers mois, hors opérations exceptionnelles. C'est moins précis, mais c'est déjà un chiffre, là où « trois mois » n'en est pas un.
Brique 2 : les échéances fiscales et sociales datées
Pour une clôture au 31 décembre, les acomptes d'IS tombent les 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre, chacun calé sur un quart de l'IS de l'exercice précédent, et le solde se règle au plus tard le 15 mai (dispense d'acomptes si l'IS de référence n'excède pas 3 000 €). Le plan de trésorerie lisse souvent cette charge sur douze mois alors qu'elle sort en cinq dates.
S'ajoutent trois flux datés, à confirmer avec votre expert-comptable selon votre régime et votre effectif :
- ▸la TVA : mensuelle au réel normal, avec deux acomptes en juillet et en décembre au régime simplifié ;
- ▸l'URSSAF : le 5 ou le 15 du mois suivant selon l'effectif ;
- ▸la CFE : le 15 décembre, avec un acompte au 15 juin si la CFE précédente atteint 3 000 €.
Une échéance ne se compte qu'une fois. Si votre plan intègre déjà une ligne à sa date, la brique 2 ne la reprend pas : elle rattrape seulement ce que le plan lisse ou ne détaille pas, l'IS en premier. Même règle pour la TVA : soit vous la retirez du solde de départ, soit vous l'inscrivez en brique 2, jamais les deux.
Brique 3 : la marge, un à deux mois de charges fixes
C'est la seule brique où votre jugement intervient, et c'est là que les repères des experts-comptables retrouvent leur place : un mois de charges fixes si l'activité est régulière et les clients paient à 30 jours, deux mois en cas de saisonnalité, de client au-dessus du quart du chiffre d'affaires ou de délais clients supérieurs à 45 jours. Nous plafonnons à deux mois parce que les briques 1 et 2 portent déjà une partie de ce que couvrent les quatre à six mois des experts-comptables : le creux de l'année et les échéances datées. Dépasser ce plafond reste possible, à condition de le décider en connaissant son coût en rendement non perçu.
| Brique | Ce qu'elle couvre | Comment l'obtenir | PME de l'exemple |
|---|---|---|---|
| 1. Creux à 12 mois | La consommation de trésorerie au pire mois | Point bas du plan, ou amplitude des relevés sur 24 mois | 120 k€ (point bas en août) |
| 2. Échéances datées | IS, TVA, URSSAF, CFE non détaillés dans le plan | Calendrier fiscal et social de l'exercice | 60 k€ (acompte d'IS et TVA d'août, en septembre) |
| 3. Marge | L'imprévu : retard client, contrat perdu, panne | 1 à 2 mois de charges fixes selon le profil | 220 k€ (2 mois × 110 k€) |
| Plancher | Ce qui reste sur le compte courant | Somme des trois briques | 400 k€ (3,6 mois de charges fixes) |
Où passe le BFR dans ce calcul ?
Nulle part dans le plancher, et c'est voulu : le besoin en fonds de roulement est financé par votre fonds de roulement, et le matelas se calcule en plus du BFR, jamais prélevé dessus. Rappel : trésorerie nette = fonds de roulement − BFR ; BFR en jours de CA = BFR / CA HT × 360 (ou 365, en gardant la même convention d'un exercice à l'autre).
Le solde du compte est donc déjà net du BFR : compter vos créances clients comme une réserve, c'est compter deux fois le même argent. Pour la PME de l'exemple, 42 jours de BFR immobilisent environ 280 k€ qui ne sont pas sur le compte et ne peuvent ni être placés ni servir de coussin.
Le BFR compte en revanche par sa sensibilité : chaque jour de BFR supplémentaire coûte un trois-cent-soixantième du chiffre d'affaires, soit environ 6 700 € ici ; si les clients glissent de 45 à 60 jours, 100 k€ sortent du compte sans qu'aucune charge n'ait augmenté. C'est ce glissement que la brique 3 doit absorber.
L'exemple chiffré : une PME à 2,4 M€ de CA
Au dernier arrêté, cette PME affiche 950 k€ sur son compte courant. C'est un solde brut : la TVA à reverser n'en a pas été retirée, elle est donc comptée en brique 2 et nulle part ailleurs. Son plan à douze mois touche son point bas en août, 120 k€ sous le solde actuel. Le plan lisse l'IS et ne détaille pas la TVA : l'acompte d'IS du 15 septembre et la TVA d'août reversée en septembre font environ 60 k€ à isoler. Activité légèrement saisonnière, un client au-dessus du quart du chiffre d'affaires : marge de deux mois, 220 k€.
Plancher : 120 + 60 + 220 = 400 k€, soit 3,6 mois de charges fixes (400 / 110), donc dans la fourchette de trois à six mois de nos guides. Ramené à ce plancher, le compte descendrait au pire moment à 400 − 120 − 60 = 220 k€, soit exactement la marge, intacte. Additionner le creux d'août et les sorties de septembre est volontairement prudent : cela suppose qu'aucun encaissement ne vient compenser entre les deux.
| Règle appliquée | Montant gardé | Ce qui se passe au pire mois |
|---|---|---|
| 2 mois de charges | 220 k€ | Il reste 40 k€ au creux : la marge est consommée à plus de 80 %, et une semaine de glissement des délais clients (6 700 € par jour) suffit à passer en découvert |
| 3 mois de charges | 330 k€ | 150 k€ de marge au lieu de 220 : tenable, mais un glissement de 15 jours des délais clients en consomme les deux tiers (100 k€) |
| Méthode des 3 briques | 400 k€ | La marge de deux mois (220 k€) est intacte au point bas : un glissement de 15 jours des délais clients (100 k€) en consomme un peu moins de la moitié |
| 6 mois de charges | 660 k€ | Haut de la fourchette de nos guides, mais 260 k€ de plus que ce que le calendrier de cette PME exige : à 1 point de rendement net, 2 600 € par an non perçus |
Comment savoir si l'excédent est stable, donc plaçable ?
L'excédent apparent est de 950 − 400 = 550 k€. Il est plaçable s'il est constaté au-dessus du plancher sur deux clôtures consécutives, au même moment du cycle et hors pics saisonniers, et qu'aucun investissement décidé à moins de douze mois ne l'attend. Le montant à retenir est le plus bas des deux : ici, 470 k€ à la clôture précédente (870 k€ sur le compte, plancher équivalent), 550 k€ aujourd'hui. Ce qui se place sans discussion, c'est 470 k€ ; les 80 k€ de différence attendent la prochaine clôture. Un excédent qui n'existe que trois mois sur douze n'est pas un excédent : c'est la respiration de votre BFR.
Que faire du reste une fois le plancher posé ?
Le plancher, c'est la poche opérationnelle du framework des 3 poches : l'argent que vous devez pouvoir sortir demain matin sans poser de question. Tout ce qui est au-dessus se répartit par horizon, entre une poche tactique de 6 mois à 3 ans (dépôts à terme échelonnés, fonds monétaires, fonds obligataires datés) et une poche stratégique au-delà de 3 ans. Le produit vient en dernier, une fois le montant et l'horizon connus.
Une précision sur notre intérêt : EXP Capital est apporteur d'affaires, rémunéré par rétrocession des partenaires, communiquée en euros avant toute signature ; comme elle croît avec le montant placé, nous avons un intérêt à un plancher bas, d'où une méthode que vous pouvez refaire seul avec votre expert-comptable.
Auto-diagnostic : avez-vous de quoi calculer votre plancher ?
Cochez chaque élément que vous avez réellement en main aujourd'hui.
Questions fréquentes
Combien de mois de charges faut-il garder sur le compte courant d'une entreprise ?
Les cabinets d'expertise comptable retiennent en général deux à trois mois de charges fixes, quatre à six en cas de saisonnalité, de clients à 60 jours ou de client dominant ; nos guides donnent trois à six mois comme repère de départ. Un plancher fiable additionne plutôt le creux du plan à douze mois, les échéances datées et une marge de un à deux mois : les deux premières briques portent déjà une partie de ce que couvre le repère.
La TVA collectée fait-elle partie de la trésorerie disponible ?
Non. La TVA facturée aux clients et pas encore reversée appartient à l'État ; elle gonfle le solde bancaire sans être de la trésorerie de l'entreprise. Avant de calculer un excédent plaçable, il faut la compter une seule fois : soit la retirer du solde, soit l'inscrire comme échéance en brique 2, jamais les deux. Il faut aussi retirer les acomptes clients sur commandes non livrées, un prêt tiré non dépensé ou un dividende voté mais non versé.
Le BFR doit-il être inclus dans la trésorerie de précaution ?
Non, le besoin en fonds de roulement est financé par le fonds de roulement, et la trésorerie nette est déjà la différence entre les deux. Le matelas de sécurité se calcule en plus du BFR, jamais dessus. En revanche, la sensibilité du BFR compte : chaque jour de délai client supplémentaire coûte un trois-cent-soixantième du chiffre d'affaires en trésorerie, et c'est ce glissement que la marge doit pouvoir absorber.
À partir de quand un excédent de trésorerie est-il réellement plaçable ?
Quand il est constaté au-dessus du plancher sur deux clôtures consécutives, mesuré au même moment du cycle et hors pics saisonniers, et qu'aucun investissement décidé à moins de douze mois ne l'attend. Le montant à placer est le plus bas des deux excédents observés. Un excédent qui n'apparaît qu'une partie de l'année relève de la poche de précaution, pas d'un placement à horizon.
Que faire si le plancher calculé dépasse ce qu'il y a sur le compte ?
C'est une information utile, pas un échec : votre trésorerie n'est pas excédentaire, elle est juste. La priorité devient alors le BFR (délais clients, acomptes, stocks) et le lissage des échéances, par exemple la mensualisation de certaines taxes, plutôt qu'un placement. Un placement engagé en dessous du plancher finit presque toujours débouclé en urgence, avec pénalité, au pire moment de l'année.
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