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Comparatifs

Rembourser l'emprunt par anticipation ou placer la trésorerie : le calcul honnête

Taux du prêt contre rendement brut du placement (à l'IS, la comparaison est symétrique), indemnité de remboursement anticipé sans plafond légal sur un prêt pro, valeur de la liquidité perdue : la méthode pour trancher.

14 min de lectureMis à jour le

Rédigé par l'équipe EXP Capital

Cabinet de gestion de patrimoine dédié aux dirigeants de PME, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 25005915. Rémunéré par rétrocessions, communiquées par écrit contrat par contrat ; aucun honoraire facturé.

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Sommaire

Rembourser par anticipation un prêt professionnel n'a de sens que si son taux dépasse ce que rapporte, en brut, un placement à faible risque de même durée, une fois l'indemnité de remboursement anticipé (IRA) répartie sur les années restantes. Un prêt à taux fixe signé avant la remontée des taux, à 1 % ou 1,5 %, ne se rembourse donc pas : il se « couvre » par un placement. Un découvert ou un crédit court se rembourse en priorité ; un prêt récent dont le taux dépasse nettement le rendement brut d'un placement de même durée se chiffre. Si votre prêt est à taux variable ou révisable, comparez le taux actuel, pas celui de la signature. Voici le calcul complet.

Notre biais, d'abord : EXP Capital est apporteur d'affaires, rémunéré par rétrocession sur les placements de trésorerie, montant communiqué en euros avant signature. Vous dire de rembourser réduit ce que nous pourrions placer. Nous faisons le calcul quand même : sur les dettes chères, il répond souvent « remboursez ».

Pourquoi, à l'IS, la comparaison se fait-elle en brut contre brut ?

Parce que l'IS frappe les deux côtés dans la même proportion. Les intérêts d'un emprunt contracté dans l'intérêt de la société sont déductibles du résultat imposable ; les produits d'un placement y sont imposés. À 25 % d'IS, un prêt à 4 % coûte 3 % net et un placement à 4 % rapporte 3 % net : le classement ne bouge pas. Comparez donc taux nominal contre rendement brut.

La déduction des charges financières nettes (intérêts payés, nets des produits financiers perçus) n'est plafonnée qu'au-delà du plus élevé de deux montants, 3 M€ ou 30 % de l'EBITDA fiscal (le résultat avant intérêts, impôts et amortissements), selon l'article 212 bis du CGI. Tant que l'EBITDA reste sous 10 M€, c'est donc 3 M€, hors de portée d'une PME. Le taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € ne casse pas la symétrie non plus. Ce qui peut la fausser, ce sont les frottements de chaque enveloppe : frais, imposition annuelle de la plus-value latente des fonds monétaires et obligataires (article 209-0 A du CGI), forfait annuel des contrats de capitalisation (article 238 septies E), avec des exceptions détaillées dans notre guide sur la fiscalité de la trésorerie à l'IS. Des corrections à la marge, à valider avec votre expert-comptable.

Combien coûte l'indemnité de remboursement anticipé sur un prêt professionnel ?

Ce que votre contrat dit, et rien d'autre : sur un prêt professionnel, l'IRA est librement fixée, sans plafond légal. Les crédits aux particuliers, eux, sont encadrés par le Code de la consommation : six mois d'intérêts dans la limite de 3 % du capital restant dû pour un crédit immobilier, 1 % du montant remboursé pour un crédit à la consommation, avec des dispenses légales (mutation, décès, cessation forcée d'activité). Une société n'a ni le plafond ni les exceptions.

Deux familles de clauses. La première exprime l'indemnité en pourcentage du capital restant dû, souvent quelques points, parfois dégressifs. La seconde, dite indemnité de remploi ou actuarielle, vous fait payer l'écart entre les intérêts que la banque aurait encaissés jusqu'au terme et ce qu'elle obtient en replaçant les fonds au taux de marché : proche de zéro si les taux ont monté depuis la signature, très lourde s'ils ont baissé. Vérifiez aussi le préavis, le montant minimum et l'accord préalable de la banque, parfois refusé les premières années.

Pour comparer, répartissez l'indemnité sur les années restantes : 3 % du capital restant dû sur un prêt auquel il reste six ans pèse près d'un point de taux par an, parce que le capital moyen encore dû sur la période n'est qu'un peu plus de la moitié du capital actuel. Si l'écart de taux entre prêt et placement est inférieur à ce point, rembourser ne rapporte rien.

Que donne le calcul sur 300 k€ de capital restant dû ?

Sur un prêt ancien à 1,5 %, garder et placer gagne dans tous les cas ; sur un prêt récent à 4,5 %, rembourser gagne, de 3 200 € à 14 600 € selon le rendement du placement. Hypothèses : prêt à taux fixe, six annuités constantes restantes, IRA de 3 % (9 000 €), placement à faible risque à 2,5 % ou 3,5 % brut net de frais, sans perte en capital, échéances prélevées sur le placement ; le solde à six ans mesure le gain ou la perte face au remboursement immédiat. Les taux de 1,5 %, 4,5 %, 2,5 % et 3,5 % sont des hypothèses de travail, pas des conditions de marché.

Prêt : 300 k€ de capital restant dû, 6 ansIntérêts restant à payerPlacement à 2,5 % brutPlacement à 3,5 % brut
Taux de 1,5 % (prêt signé avant la remontée des taux)≈ 16 000 €Garder et placer : + 20 500 €Garder et placer : + 32 900 €
Taux de 4,5 % (prêt récent)≈ 49 000 €Rembourser : + 14 600 €Rembourser : + 3 200 €
Écart à six ans, avant IS, entre « garder le prêt et placer les 300 k€ » et « rembourser maintenant avec 9 000 € d'IRA ». Prêt à taux fixe, annuités constantes prélevées sur le placement, rendement net de frais supposé acquis et sans perte en capital. L'IS réduit chaque ligne dans la même proportion sans changer le sens du résultat.

Lisez la case en bas à droite. Un prêt à 4,5 % contre un placement à 3,5 %, c'est un point d'écart pour le remboursement, et il reste 3 200 € sur six ans une fois l'IRA payée : environ 530 € par an pour avoir immobilisé 300 000 €. À ce niveau, la décision se joue sur la valeur de la liquidité conservée, que le tableau ne mesure pas. Face à un placement à 2,5 %, les 14 600 € d'écart rendent au contraire le remboursement difficile à écarter.

Pourquoi un prêt à taux bas ne se rembourse-t-il pas, mais se couvre ?

Parce qu'un prêt remboursé ne se réemprunte pas aux conditions d'origine. Un amortissable à 1,5 % signé il y a quelques années est un actif : une ressource longue, à taux fixe, que personne ne vous reproposera. Le rembourser, c'est rendre un financement bon marché pour, le jour venu, en redemander un au taux du moment, avec un nouveau dossier et de nouvelles garanties.

Ce raisonnement suppose un prêt à taux fixe. À taux variable ou révisable, il ne coûte plus 1 % ou 1,5 % : le calcul se fait au taux actuel et peut basculer vers le remboursement.

Couvrir le prêt, c'est placer l'équivalent du capital restant dû sur un support de même horizon et à faible risque : dépôts à terme échelonnés, fonds monétaire, fonds obligataire daté porté jusqu'au terme. Les échéances du placement sont calées sur celles du prêt, le capital reste disponible pour solder le prêt quand vous le déciderez, et la liquidité reste dans la société :

  • ▸Sécurité du BFR (besoin en fonds de roulement, le décalage entre vos paiements et les règlements clients) : un retard client se traverse sans découvert, lequel coûte toujours plus que le prêt remboursé.
  • ▸Négociation : 300 000 € de placements au bilan pèsent plus face à la banque qu'une société désendettée mais à sec.
  • ▸Opportunité : reprise d'un concurrent, achat des murs, rachat des parts d'un associé, sans attendre un accord de crédit.
  • ▸Réversibilité : le placement se débloque en quelques jours ; le prêt remboursé est perdu.

Cette valeur ne se chiffre pas, mais elle se constate le jour où elle manque. La couverture a pourtant ses risques : le dépôt à terme n'est garanti que dans la limite de 100 000 € par déposant et par établissement (FGDR), au-delà de laquelle vous portez le risque de la banque ; un fonds monétaire ou obligataire n'est pas garanti en capital, sa valeur fluctuant avec les taux et le risque de défaut des émetteurs ; et une couverture imparfaite laisse un risque de taux ou de remploi si le placement arrive à échéance avant le prêt. Notre position reste tranchée : un prêt ancien à taux fixe bas se garde jusqu'au terme, et la trésorerie qui l'aurait remboursé se place en face, calée sur les échéances, sur des supports à faible risque répartis entre plusieurs établissements.

Quelles dettes rembourser en premier, et avec quel argent ?

Les plus chères et les plus courtes d'abord. Découvert et agios (les intérêts et frais du découvert), affacturage (cession de vos factures à un établissement qui les finance) ou cession Dailly (cession de créances à la banque en garantie d'un crédit), crédits de trésorerie à court terme coûtent presque toujours plus que n'importe quel placement à faible risque : les solder demande rarement un long calcul. Viennent ensuite les prêts d'équipement et crédits-bails récents à taux élevé, à chiffrer. Les amortissables anciens à taux fixe bas ferment la liste.

L'argent compte autant que l'ordre. Rembourser avec la poche opérationnelle, celle qui couvre les charges fixes et le BFR des six prochains mois, transforme un prêt long et bon marché en découvert court et cher dès le premier mois difficile. Seule la trésorerie excédentaire au sens du framework des 3 poches, sans rôle assigné à moins de trois ans, peut servir à un remboursement anticipé.

Cochez chaque condition réellement remplie. Toutes sont nécessaires pour qu'un remboursement anticipé soit une bonne décision.

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Emprunter ou payer cash un investissement : est-ce le même calcul ?

Oui, la même arithmétique dans l'autre sens. Vous avez 300 000 € disponibles et 300 000 € de machines ou de murs à financer : emprunter, c'est garder le levier et placer la trésorerie ; payer cash, c'est rembourser un prêt avant de l'avoir signé. Gardez le levier quand le taux du crédit, frais de dossier et garanties inclus, reste inférieur au rendement brut de la trésorerie conservée, sur la même durée, et que la durée du prêt est calée sur celle de l'actif. Payez cash quand le crédit est cher, court, ou exige une caution personnelle que vous refusez : cette caution est un coût réel, à compter comme l'IRA dans l'autre sens. Dans les deux cas, la trésorerie conservée porte les risques de son placement.

Quelles alternatives entre tout rembourser et ne rien faire ?

Au moins quatre, souvent meilleures que les deux solutions extrêmes, à condition de relire le contrat de prêt article par article avant de demander quoi que ce soit à la banque :

  • ▸Le remboursement partiel, dans la limite du minimum contractuel, pour ramener l'encours à ce que l'excédent absorbe sans toucher à la réserve ; l'IRA porte sur le seul montant remboursé.
  • ▸La modulation des échéances : beaucoup de contrats professionnels permettent d'augmenter les mensualités ou de raccourcir la durée dans une fourchette définie, sans IRA.
  • ▸La couverture par des dépôts à terme ou un fonds obligataire daté calés sur les annuités : liquidité conservée, décision réversible, sous réserve des limites de garantie et du risque de valeur de marché évoqués plus haut.
  • ▸Le nantissement d'un contrat de capitalisation : plutôt que de le racheter pour rembourser, le donner en garantie d'un financement nouveau, sans interrompre la capitalisation ni déclencher d'impôt.

Questions fréquentes

Peut-on rembourser un prêt professionnel par anticipation sans pénalité ?

Seulement si le contrat le permet. Sur un prêt professionnel, l'indemnité de remboursement anticipé n'est due que si une clause l'instaure, mais la quasi-totalité des contrats en contiennent une, librement fixée par la banque. Lisez la clause, demandez un décompte écrit, et vérifiez s'il existe un préavis, un montant minimum ou une période d'interdiction. Certains contrats permettent en revanche de moduler les échéances sans indemnité.

L'indemnité de remboursement anticipé est-elle plafonnée pour une entreprise ?

Non. Le plafond de six mois d'intérêts dans la limite de 3 % du capital restant dû ne concerne que le crédit immobilier des particuliers, et celui de 1 % le crédit à la consommation. Les dispenses légales en cas de mutation, de décès ou de cessation forcée d'activité sont elles aussi réservées aux consommateurs. Pour une société, une SCI à l'IS ou une SEL, seule la clause du contrat s'applique, sans plafond légal.

Les intérêts d'un emprunt sont-ils déductibles de l'impôt sur les sociétés ?

Oui, si l'emprunt est contracté dans l'intérêt de la société. L'article 212 bis du CGI ne plafonne les charges financières nettes qu'au-delà du plus élevé de deux montants, 3 M€ ou 30 % de l'EBITDA fiscal (le résultat avant intérêts, impôts et amortissements) : tant que l'EBITDA reste sous 10 M€, c'est donc 3 M€, hors de portée d'une PME. Cette déductibilité rend la comparaison avec un placement symétrique : comparez le taux du prêt au rendement brut.

Rembourser un emprunt par anticipation améliore-t-il le bilan de la société ?

Il réduit l'endettement, mais aussi la trésorerie du même montant : la dette nette ne bouge pas. Un analyste bancaire lit souvent un prêt adossé à un placement liquide et à faible risque comme une position proche de la neutralité, et préfère une société liquide à une société désendettée mais à sec. L'IRA pèse sur le résultat de l'exercice. Vérifiez enfin les covenants, ces clauses de la banque qui imposent parfois une trésorerie minimale.

Faut-il emprunter pour un investissement quand la trésorerie permet de payer cash ?

Le plus souvent oui, si le taux du crédit, frais de dossier et garanties inclus, reste inférieur au rendement brut de la trésorerie conservée sur la même durée, et si la durée du prêt est calée sur celle de l'actif. Un prêt d'équipement s'obtient à de meilleures conditions qu'un crédit de trésorerie demandé en urgence. Payez cash si le crédit est cher, court ou conditionné à une caution que vous refusez. La trésorerie conservée porte les risques de son placement.

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